| Rubrique juridique | ||
Texte
remis aux membres de la Commission de l'économie du Grand Conseil lors de
l'audition du Trialogue le 6 juin 2011, dans le cadre de la révision prochaine
de la loi cantonale sur l'assurance-chômage (J 2 20)
Audition du 6 juin 2011
PL
10815 Indemnités de comblement
Le
Projet de loi instaure le versement d'un nombre d'indemnités cantonales de
comblement suite à la révision de
La révision de
Si nous adhérons à l'exposé des motifs du
projet de loi (PL 10815). le versement prôné d'un nombre
d'indemnités cantonales de comblement suite à la révision de
Par contre, notre longue expérience pratique alliée
à nos connaissances juridiques, nous permettent et nous obligent en quelque
sorte à rendre les autorités politiques attentives aux conséquences qu'une
modification législative aura, directement ou par ricochet, sur les personnes
qui sont soumises aux lois qu'elles envisagent d'adopter. Le Trialogue est un réel
observatoire de par le nombre impressionnant de consultants qu'il reçoit depuis
plus de 12 ans.
Projet
de loi du Conseil d'état (PL CE) et Projet
de loi socialiste (PL 10677)
¨
L'Allocation
de Retour à l'Emploi (ARE)
☺
L'étendue des bénéficiaires aux indépendants est souhaitable (art. 30 al.
3). Nous la saluons.
ð Elle pourrait également l'être aux salariés qui en raison de leur position comparable à celle d'un employeur, se voient refuser le chômage bien qu’ils aient mis fin à leur activité. Ils se le voient refuser le plus souvent au seul motif qu'ils n'ont pas été en mesure de se verser un salaire régulier.
☺
L'exclusion des employeurs qui emploient des travailleurs au noir ou
contreviennent à la loi sur l'inspection et les relations du travail est
souhaitable. (art. 34 al. 4)
☺
L'allongement de la durée des ARE est souhaitable (art. 35 al. 1)
¨
Programme
cantonal d'emploi et formation (PCEF)
ð
Tout comme pour les ARE ,
cette mesure devrait être proposée aux indépendants (art. 39 al. 3 nouveau -
PL 10677) mais aussi aux salariés qui ont un statut proche de celui d'un indépendant à
condition qu'ils aient mis fin à leur activité.
ð
La compensation mensuelle
(art.42 al. 1 à 4 – PL 10677) devrait être convenable (respect du salaire
conventionnel ou des us et coutumes) ou pour le moins correspondre à un seuil
d'équité sociale (au minimum égal à celui fixé par la loi fédérale
(art. 81b OACI, soit Frs 2'213.--).
Scénario
: un chômeur ouvre son 1er droit au chômage et réalise pendant
plus d'une année un petit gain intermédiaire lui rapportant Frs. 900.-- par
mois. Le chômage lui verse une compensation à hauteur de Frs 2'500.--.
S'il
perd ce petit emploi, il pourra le cas échéant ouvrir un nouveau droit au chômage
sur la base de son seul salaire (la compensation n'étant plus prise en compte
depuis le 1er avril 2011). Ses indemnités tomberont alors à
80 % de Frs 900.--, soit Frs 720.--.
Arrivé
en fin de droit de cette seconde période de chômage, il pourra bénéficier
d'un Programme cantonal d'emploi et formation. Il travaillera 40 heures par
semaine pour un salaire ou une compensation financière de Frs 720.-- par mois.
Si
notre chômeur n'avait pas fait l'effort de réaliser ce gain intermédiaire
durant une année, il aurait bénéficié au terme de sa première période de
chômage d'un Programme cantonal d'emploi et formation compensé à hauteur
d'environ 3'400.-.
L'indécence
des compensations autorisées par la loi cantonale est encore renforcée par la
dernière révision de
ð
L'extension des
programmes au secteur privé (M-Défis – EPIfaire - ISS Facility Services SA
et EGP et dans le futur au domaine commercial et administratif) sans même
qu'une compensation assortie d'un seuil d'équité sociale ne soit versée est
à nos yeux inadmissible ! Aucun argument ne pourrait justifier une telle
pratique. Il en va de la dignité de la personne au chômage.
ð
La durée
du programme cantonal d'emploi et de formation ne devrait pas être amputée
de celle du stage entrepris durant le délai-cadre d'indemnisation. Il est un réel
tremplin pour un retour en emploi lorsqu’il est assorti d'une formation
ciblée. Elle pourrait être portée à 12 mois pour les moins de 30 ans et
les plus de 50 ans qui ont objectivement plus de peine à trouver ou retrouver
un emploi.
☺
L'extension des prestations de chômage en cas de maladie (PCM) aux
Programmes cantonaux d'emploi et de formation est souhaitable
(art.42 al. 4 – PL 10677).
¨
Les
Emplois de Solidarité (EdS)
-
Les
allocations complémentaires
Les
EdS ne sont dans les faits réservés que pour celles et ceux qui peuvent
travailler à temps complet ou qui, financièrement, sont relativement aisés.
Exemple
:
Un
EdS est proposé à une mère cheffe de famille avec deux petits enfants. Les
horaires sont trop lourds et ne lui permettent plus de s'occuper correctement de
ses enfants. Ils ont également des répercussions sur sa santé. Il a été décidé
médicalement qu'elle devrait réduire son temps de travail à 60 ou 70 %.
Du
fait que les allocations complémentaires ne peuvent être versées que sur la
base d'un 100 %, cette maman, qui par ailleurs aurait vivement souhaité garder
son activité, se voit obligée de donner son congé et de retourner à l'HG si
elle veut pouvoir bénéficier d'un minimum vital.
ð
Nous souhaitons la suppression
du "Gain potentiel" qui, à cause de sa trop grande rigidité,
oblige certains employés EdS, les plus fragilisés et qui en ont le plus
besoin, à quitter leur emploi pour retourner à l'assistance. Ce gain potentiel
devrait pour le moins être modulable en fonction de critères sociaux et médicaux.
- La création de Grands projets
"Les
collaborateurs de la prospection voient leur tâche se compliquer; tout indique
qu'il sera de plus en plus difficile de créer des postes EdS au sein des
associations du canton "
Extrait
du rapport d'évaluation - RD 873
L'étude
ne se pose pas la question de savoir le pourquoi du peu d'empressement des
associations. Il tient à notre avis à un défaut majeur du système qui
aboutit en pratique à une impasse.
"Nous
voulons tout particulièrement attirer l'attention de nos autorités sur la
fragilité des Emplois de solidarité (EdS) : nous avons malheureusement
et à notre grand étonnement dû constater que des entreprises sociales et
solidaires (ESS), des associations, n'agissent pas mieux que certains employeurs
peu scrupuleux.
En
effet, le retour sur le marché primaire de l'emploi n'a pas répondu aux
attentes. Les emplois manquent et les chômeurs, heureux de travailler même
pour un petit salaire, ne quittent pas leur emploi de solidarité, ce qui est
confirmé par l'évaluation officielle.
Dès
lors, plusieurs ESS recourent à des moyens de pression, et, dans plusieurs cas
que nous avons rencontrés, à de véritables harcèlements, pour inciter les bénéficiaires
à donner leur congé. Ceci leur permet de retrouver des subventions
"fraiches" - dont la part baisse d'année en année - et ne pas devoir
reprendre à leur charge l'entier des frais salariaux. Il est très important
que nos autorités en prennent
conscience car l’emploi de solidarité ne parait, dans ces circonstances,
n’avoir de solidaire que le nom !"
Extrait du rapport d'activité 2010 du Trialogue
Un
employeur peut se permettre d'être peu scrupuleux. Au pire, il figurera sur une
liste noire ! Les associations caritatives et humanitaires quant à elle hésiteront
à licencier pour reprendre un chômeur et refaire le plein de subvention. Elles
préfèreront que les départs soient volontaires. Le risque de harcèlement
pour provoquer un départ volontaire est réel.
Ceci
peut expliquer pourquoi de moins en moins d'associations sont et seront prêtes
à proposer des EdS. Nous pensons que ce malaise n'est pas étranger au
glissement des EdS vers des emplois précaires et vers un dumping salarial au
sein de l'administration elle-même qui ne peut justifier d'un volet
"social et solidaire". C'est vider la mesure de ses objectifs initiaux
et glisser vers une précarisation de la fonction publique.
ð
Afin d'éviter ces
pratiques inacceptables, il conviendrait de limiter la durée des EdS comme prévu
par le projet de loi (PL 10677 art 45O) ou par une étude circonstanciée, tout
en les rendant renouvelables.
¨
Collaboration
interinstitutionnelle
"La
collaboration interinstitutionnelle entre l'OCE et l'HG vise prioritairement une
meilleure coordination de la prise en charge des demandeurs d'emploi en fin de
droit entre les différents acteurs institutionnels".
Extrait
du rapport d'évaluation - RD 873
Le
Trialogue est intervenu avec vigueur, le 8 octobre 2009 déjà, au Forum contre
l’exclusion pour dénoncer les effets pervers du Règlement
interne de l’Hospice Général de septembre 2007 qui met fin aux avances-chômage.
Ce règlement permet de reculer le moment de la prise en charge par l'HG. Les chômeurs
qui viennent demander de l’aide sont priés de ne revenir que lorsque
Le
Trialogue a en vain alerté les autorités sur ces dysfonctionnements et suggéré
des améliorations très concrètes à
ð
de
l’Hospice Général de septembre 2007
qui met, sauf en de rares exceptions, fin aux avances-chômage.
¨
Opposition
et recours
Le Secteur des prestations cantonales procède à
de nombreuses annulations de dossiers
de demandeurs d’emploi non indemnisés (RMCAS) par simple lettre, sans
avertissement préalable et sans mention d’une voie de recours. L’annulation
est assortie d’une interdiction de se réinscrire durant 3 mois.
Les motifs invoqués sont le plus souvent dus à des erreurs. La
personne n’est pas entendue et pire, si elle écrit pour s’expliquer, il ne
lui est pas répondu.
Ces demandeurs d’emploi doivent dès lors
s’adresser à l’HG qui est en droit de réduire temporairement le montant de
leur assistance. Les assistants
sociaux nous les envoie et ce n’est qu’en menaçant de saisir directement le
Tribunal cantonal au cas où aucune décision munie de voies de recours ne
serait émise que le demandeur d’emploi est la plupart du temps réintégré.
ð
Nous demandons qu’à
l’instar des décisions frappant les chômeurs indemnisés, celles qui
frappent les demandeurs d’emploi non indemnisés soient assorties de voies de recours.
* * *
Genève le 6 juin 2011
Doris
Gorgé,
Présidente
du Trialogue
Auteure
du « Guide des droits et devoirs des chômeurs » (www.guidechomage.ch)