Rapport d'activité

Rapport d'activité 2010  

 

"Statistiquement tout s'explique, personnellement tout se complique"

Daniel Pennac  

 

Indignons-nous contre les statistiques qui ne reflètent que bien imparfaitement la réalité suisse et genevoise en particulier dans le domaine du chômage.  

Lorsque la collaboration interinstitutionnelle n’était pas encore réglementée, elle jouait ponctuellement dans le cadre des relations personnelles et de la connaissance du réseau social.  

Alors même qu'elle a été institutionnalisée, notamment dans le cadre du projet MAMAC, cette collaboration ne semble plus fonctionner. Qui plus est, les instances du chômage et celles de l'assistance se "renvoient" les chômeurs de longue durée. Pour les instances du chômage, ils sont trop éloignés du marché de l'emploi et doivent donc émarger à l'assistance alors même que pour l'assistance, ils doivent poursuivre leur quête d'emploi et rester inscrits dans les offices régionaux de placement.  

Si les raisons de ce manque de collaboration peuvent être multiples, il semble qu'elles tiennent principalement à la visibilité statistique (taux de chômage, nombre de personnes assistées, excédents ou déficits financiers…) qui met en concurrence les instances du chômage désireuses de voir leur taux baisser, artificiellement s'il le faut, et les services de l'assistance publique qui veulent économiser et ne pas voir le nombre d'assistés augmenter.  

Mais cette concurrence coûte très cher sur le plan humain et laisse des personnes démunies pendant de longs mois. Sans logement, sans assurance maladie, parfois, c’est même la faim qui les pousse à frapper aux portes des associations. Le Trialogue a en vain alerté les autorités sur ces dysfonctionnements et suggéré des améliorations très concrètes à la Direction de l'Hospice Général.  

Le taux de chômage n'est plus une donnée fiable ! Les annulations brutales de dossiers, sans décision formelle avec voie de recours, intervenant pour des fautes souvent présumées, ont plus que doublé en une année ! La diminution artificielle du nombre de chômeurs prime sur la réinsertion et fait fi du droit élémentaire d’être entendu.

 Isoler le taux de chômage du taux de précarité, ne pas définir ce qu'on entend par "retrouver un emploi", sortir provisoirement certains chômeurs de la catégorie des chômeurs inscrits, supprimer les avances et retarder la prise en charge par l'assistance tend à fausser les statistiques. Or celles-ci gouvernent l’action politique !

En comparaison cantonales, voire internationales, c'est bel et bien le taux de précarité (chômage, hospice général, revenu minimum, invalidité et prestations complémentaires) qui reste le seul fiable !  

 

EMPLOI: Malgré la reprise économique, nombre d'usines ont fermé leurs portes en 2010. Des centaines d'employés restent sur le carreau face à des procédés parfois expéditifs et une législation suisse faisant figure de poudre aux yeux.                                      ats/fah

(AWP/03 janvier 2011)

 

 Ce communiqué de l’ATS confirme ce que nous constatons dans nos permanences à propos des emplois en général.

Les emplois assignés ou soutenus financièrement par le canton (ARE) ne font pas exception.  

Nous voulons tout particulièrement attirer l'attention de nos autorités sur la fragilité des Emplois de solidarité (EdS) : nous avons malheureusement et à notre grand étonnement dû constater que des entreprises sociales et solidaires (ESS), des associations, n'agissent pas mieux que certains employeurs peu scrupuleux.

En effet, le retour sur le marché primaire de l'emploi n'a pas répondu aux attentes. Les emplois manquent et les chômeurs, heureux de travailler même pour un petit salaire, ne quittent pas leur emploi de solidarité.  

Dès lors, plusieurs ESS recourent à des moyens de pression, et, dans plusieurs cas que nous avons rencontrés, à de véritables harcèlements, pour inciter les bénéficiaires à donner leur congé. Ceci leur permet de retrouver des subventions "fraiches" - dont la part baisse d'année en année - et ne pas devoir reprendre à leur charge l'entier des frais salariaux. Il est très important que nos  autorités en prennent conscience. L’emploi de solidarité ne parait, dans ces circonstances, n’avoir de solidaire que le nom !  

Disparition du Revenu Minimum (RMCAS) : En cas d'échec du référendum, la suppression du RMCAS va entraîner une diminution des ressources pour les chômeurs en fin de droit. Il reste que c'est surtout l'évolution du regard porté sur les personnes exclues du monde du travail qui est inquiétant. Ces personnes sont fragilisées, nous disent et nous écrivent les autorités. Elles seront à l'avenir prises en charge dans les mêmes structures que les personnes handicapées physiques ou psychiques, notamment les EPI.  

Vouloir "médicaliser" l'exclusion aboutit à en transférer la responsabilité sur l'individu qui en est victime.  

La stigmatisation des chômeurs en fin de droits est dangereuse à nos yeux ! Elle n'a fait que s'accentuer ces dernières années. Avec l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur le chômage en avril prochain, la personne qui a perdu son emploi pourra être cataloguée comme "fragilisée" après une année, voire même seulement quatre mois de recherches infructueuses d'emploi !

Nous demandons pour le moins que ces chômeurs fassent l'objet d'une rubrique statistique spécifique - "chômeurs en fin de droits à l'HG" - tant il est vrai que si l'on ne fait plus partie d'une population répertoriée, on n'existe plus aux yeux des décideurs.  

La loi sur les familles ou loi sur les " working poors " reprend la notion de gain potentiel ou hypothétique. Ce gain potentiel, qui est un gain fictif, sera comptabilisé dans les revenus

du travailleur comme s’il l’avait réellement obtenu, dans le but de l’inciter à travailler plus, diminuant d’autant l’aide qui lui sera accordée !  

Les formes de travail précaires - sur appel, temporaire, à la commission – rendront vraisemblablement la loi difficilement applicable alors même que le Service des prestations complémentaires en charge de ces nouveaux dossiers est déjà saturé actuellement. La loi risque bien d'aller en sens inverse du but recherché !  

A notre connaissance, la pratique du gain potentiel ou revenu hypothétique n’a cours qu’en Suisse ! Dans l’Union européenne, il existe deux grandes mesures politiques incitatives visant à «rendre le travail rémunérateur», à encourager l’entrée ou le retour sur le marché du travail: la réduction de l’imposition des travailleurs à bas salaires et la mise en place d’abattements fiscaux. Ces mesures sont de plus en plus liées à des programmes d’activité obligatoire que l’on nomme chez nous « contreprestations ».  

Notre permanence juridique est confrontée à de nombreux problèmes liés au gain potentiel, qui intervient également dans le calcul des compléments sociaux liés aux emplois de solidarité. Le gain potentiel stigmatise, humilie et précarise alors que la contreprestation actuellement demandée aux chômeurs qui bénéficient du Revenu minimum cantonal d’aide sociale (RMCAS) nous semble en général bien vécue. Jugée comme une contrepartie normale, elle permet de garder un lien social essentiel, de se sentir utile. Elle combat l’exclusion.    

Relations extérieures :  

Le 28 janvier 2010                 Invitation de l’Assemblée constituante – audition publique

Le 10 février 2010                  Rencontre avec le Service social de l’HG en vue de renforcer le travail en réseau

Le 15 février 2010                  Coordination des permanences chômage cantonales

Le 1er mars 2010                  Participation à la Plateforme de réflexion des associations actives dans le domaine social

Le 2 mars 2010                     Participation au Café des bonnes pratiques de l'ESS

Le 3 mai 2010                       Soirée-débat "Conditions de travail, chômage et santé :

                                            la situation en Suisse" avec Jean-François Marquis

Le 3 juin 2010                        Audition par la Commission de la Cohésion Sociale de la Ville de Genève

Le 31 août 2010                     FER – Forces Motrices

Le 5 octobre 2010                  Rencontre avec l'association "ALCIP"

Le 7 octobre 2010                  Participation au Forum contre l'exclusion

Le 14 octobre 2010                Réunion avec la Direction de l'OCE sur le thème des "non-indemnisés"

Le 1er novembre 2010            Rencontre des associations partenaires avec les "Colis du cœur"

Le 16 novembre 2010             Cours donné par Mme Doris Gorgé à l'association "Découvrir"

Le 24 novembre 2010             Cours "La nouvelle juridiction civile devant le Tribunal des Prud'hommes" par le Professeur Gabriel Aubert

Le 25 novembre 2010             Réception au BIE de Genève  

Le 26 novembre 2010             Hospice Général – fête des 475 ans

Le 27 novembre 2010             Participation à la 2ème journée de « Partage »

Le 30 novembre 2010             Rencontre avec le SSVG en vue d'une collaboration  

Entretiens et conférences donnés au Trialogue  

Le 19 janvier 2010                  Partage d’un repas avec le Service des affaires sociales de la Ville de Carouge

Le 26 janvier 2010                  Rencontre avec l’association « Elisa »

Les16 mars et 18 mai 2010     Rencontre avec l’Unité d’information sociale et préventive (HG) et visite du Trialogue en vue de favoriser le travail en réseau

Le 20 avril 2010                      Rencontre avec l'Oeuvre Suisse d'Entraide Ouvrière "OSEO"

Le 25 mai 2010                      Rencontre avec le BCAS et le Secours Suisse d'Hiver

Le 1er juin 2010                     Rencontre avec Madame Corinne Goehner da Cruz,  Conseillère municipale de la Ville de Genève

Le 4 septembre 2010              Audition au Département de la Cohésion sociale (Ville de Genève)

Le 14 décembre 2010             2ème Rencontre avec l'Oeuvre Suisse d'Entraide Ouvrière "OSEO"  

Accueil de stagiaires et d’étudiants  

Du 22 au 26 février 2010         Mme Cabdullaahi – ECG Jean-Piaget

Du 19.07.10 au 17.01.11        Mme Nadouk Pillet – juriste  

Vie de la maison  

Le 6 septembre 2010              4ème effraction dans la maison !

Le 4 octobre 2010                  Audit effectuée par l'OCAS

Le 13 décembre 2010             5ème effraction dans la maison (par le toit) !  

Témoignages - presse  

Le 21 janvier 2010                 Interview "Le Temps"- MmeSandrine Hochstrasser-

Le 11 février 2010                  Interview « Le Courrier » - M. Jean-Marie Banderet

Le 16 février 2010                  Interview « Tribune de Genève » - M. Marc Bretton  

Activités statutaires  

Assemblée Générale :           26 mai 2010

Comités :                             24 février – 15 septembre – 24 novembre                                  

   

Publication  

« Le Guide des droits et devoirs des chômeurs », qui a été financé conjointement par Monsieur Tornare, président du Département des affaires sociales, des écoles et de l'environnement de la Ville de Genève, par Monsieur Lamprecht, président du Département de l'économie, de l'emploi et des affaires extérieures (DEE) ainsi que par Monsieur Unger, président du Département de l'action sociale et de la santé (DASS) et repris par le Trialogue est régulièrement tenu à jour en ligne à l’adresse www.guidechomage.ch.  

Le site du guide, consulté par les chômeurs, les professionnels mais également par les Suisses de l'étranger, a déjà huit ans d'âge. Il doit impérativement être adapté aux nouvelles techniques. S'il est encore possible de le lire, il ne sera bientôt plus possible d'en assurer la gestion et la mise en page. Le Trialogue a entrepris une recherche de fonds afin de financer sa refonte.  

Conclusion  

On parle beaucoup de la violence mais rarement de la violence institutionnelle ! Cette dernière est réelle dans le monde du chômage et de la précarité. Elle se nourrit de la méfiance et de la crainte des abus. Remettre l’humain au centre des préoccupations de nos institutions, tout un programme !  

Nous remercions la Ville de Genève, Madame Sandrine Salerno, son maire, qui nous subventionne et met à disposition la maison de l’avenue de la Forêt ainsi que les communes qui nous soutiennent. Nos remerciements vont aussi à l'association "Partage" qui nous permet d'offrir des repas aux personnes particulièrement démunies et au Secours Suisse d'Hiver (SSH) qui a largement alimenté notre fonds de secours. Sans l'aide de nos nombreux donateurs dont la générosité n'a fait que croître ces dernières années, le Trialogue ne pourrait répondre aux attentes d'une population de plus en plus précarisée.  

Nous remercions enfin les très nombreux bénévoles du Trialogue qui offrent un regard empathique mais professionnel à nos consultants et dont l'efficacité est largement reconnue au delà même de l'association ainsi que les assistants sociaux, les conseillers en personnel et  la population qui tous nous font confiance.

 

Doris Gorgé, Présidente

Jean Ladame , Vice-président

 

 

Genève, le 31 décembre 2010